Bouaziz Ait Chebib : « La Kabylie est condamnée à ne compter que sur elle-même »

Bouaziz Ait ChebibLa Kabylie est condamnée à ne compter que sur elle-même


Livrée à elle-même, la Kabylie traverse une des périodes les plus dangereuses de son histoire, celle-ci étant marquée par : 

- Une forte dynamique de dépersonnalisation du peuple kabyle mobilisant tous les instruments idéologiques du régime colonial arabo-islamique, notamment à travers les médias lourds, les écoles, les lieux de culte, les administrations et l’ensemble des organisations de masse… ;

- L’accroissement de la pauvreté, des inégalités sociales, du chômage et de la mendicité;

- La corruption généralisée;

- La démission organisée des corps dits de sécurité qui ne sont opérationnels que pour réprimer les militants politiques pacifiques;

- L’occupation et le contrôle militaire de l'espace kabyle;

- Le sabotage économique, le terrorisme bureaucratique et le chantage fiscal;

- L’insécurité généralisée et entretenue, la prolifération des actes de violence : Agression et assassinat de citoyens dans l'impunité totale, et dont le dernier en date est celui de l’étudiant H. Djamel ;

- L’instrumentalisation et sous-traitance de la voyoucratie et de la terreur pour faire plier un peuple farouchement résistant ;

- La promotion outrancière de l'obscurantisme à travers l’ensemble des institutions de l’Etat algérien (école, justice, administration) et le musellement de toute voie progressiste s'y opposant et dont le dernier exemple en date est celui du journaliste kabyle, Idir Tazrout, qui fait actuellement face au parti pris de la "justice" algérienne en faveur du salafisme ; 

- Les atteintes gravissimes à la liberté d’expression et d’opinion accompagnées d’accusations d’intelligence avec l’ennemi contre tout journaliste osant remettre en cause l’ordre colonial établi, à l’instar de Merzoug Touati qui risque 25 ans de prison, après le décès d’un autre journaliste dans les prisons algériennes ;

- Le chantage politique contraignant les militants du MAK à renoncer à leur engagement en faveur d’une Kabylie libre en contrepartie de jouir de tous leurs droits civiques et préserver leurs emplois.

En dehors de l’arabo-islamisme, aucune colonisation idéologico-politique n’a déployé autant de moyens pour éradiquer les peuples amazighs, réussissant l’exploit de leur imposer leur propre négation au profit d’une langue, d’une culture et d’une identité de substitution habillement sacralisée, et reléguant l’amazighité des peuples d’Afrique du Nord au rang de révolus et lointains ancêtres.

L’injustice dont font l’objet le Dr Kameleddine Fekhar et ses codétenus, vécue dans l’indifférence de la communauté internationale, (hormis quelques personnalités politiques), encourage le régime colonial algérien à amplifier sa politique répressive et oppressive envers les peuples amazighs qui ne se soumettent pas à leur propre extinction. Ne pas soutenir les détenus mozabites relève d’une injustice historique et inhumaine. Laisser des militants des droits de l’Homme périr en prison est une infamie qui fait déjà honte à l’humanité, puisque plusieurs détenus sont déjà morts en prison.

Quant à l’élection d’un Bouteflika, ayant perdu toute faculté de "gouverner" et toute autonomie physique, à la vice-présidence de l’Union africaine, elle constitue un indice révélateur de l’invalidité totale de cette pseudo-institution et nous rappelle à quel point les États africains demeurent des pions dociles sur un échiquier international dont ils ne maitrisent rien. Toutes les conditions sont réunies pour que prospèrent la dictature, l’injustice et la misère au détriment de la liberté et de la dignité des peuples africains.

En Afrique du Nord, l’Algérie et le Maroc sont deux faux Etats arabes qui se disputent un pseudo leadership régional aux dépens des vrais peuples amazighs dont l’extinction est indiscutablement le vœu commun. Au sein de ces dictatures imprégnées de l’idéologie conquérante de l’Arabo-islamisme, le peuple rifain subit au Maroc ce que subit le peuple kabyle en Algérie et en tant que Kabyles libres, nous ne pouvons qu’apporter notre soutien au peuple frère du Rif qui lutte, comme le peuple kabyle, pour le recouvrement de sa souveraineté perdue.

Aujourd’hui, plus que jamais, au vu des politiques lourdement assimilationnistes des faux Etats nord-africains, il est impératif que les militants amazighs qui luttent pour leur existence en tant que peuples et nations se rassemblent autour d’une organisation nord-africaine pour la défense et la promotion du droit des peuples Amazighs à l’autodétermination. La « maghrébinisation » de Tamazgha est l’ultime étape de sa mort programmée, le « Maghreb » n’ayant jamais été autre chose que les territoires nord-africains conquis par les invasions arabes, autrement dit, le « Maghreb » que l’on nous impose aujourd’hui n’est rien d’autre que la partie occidentale du monde dit arabe !

Enfin, au niveau international, il n’a échappé à personne que la voyoucratie se mondialise dramatiquement en portant à la tête de la première puissance mondiale un individu de la stature de Donald Trump. Ce dernier, en demandant par exemple aux anciennes puissances coloniales de « recoloniser » leurs anciennes colonies, illustre parfaitement l’état d’esprit caricatural dans lequel sombre le monde dit libre. Et que dire de la duplicité, de l’hypocrisie et de la complaisance de l’Europe vis à vis des pourvoyeurs internationaux du radicalisme religieux et de son indissociable corollaire, le terrorisme islamiste ?! Or, les contrecoups de la scélérate politique internationale des grandes puissances se répercutent dans leur écrasante majorité sur nos peuples qui doivent comprendre une fois pour toute qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. La "communauté internationale", l’ONU et leur flopée de lois et traités internationaux ne servent qu’à soulager symboliquement quelques consciences, mais surtout, ils servent à conserver et à protéger les intérêts économiques et géopolitiques des puissances dominantes. Jusqu’à preuve du contraire, aucun conflit mondial n’a jamais trouvé sa résolution à travers les instances des Nations Unies. En revanche, les découpages territoriaux, les frontières, les aires d’influences, les spoliations de territoires et les mensonges historiques ne trouvent aucune difficultés à se faire entériner par ces mêmes instances internationales, y compris quand ils sont annonciateurs évidents de génocides à venir comme ce fut les cas des Tutsi et des Hutu au Rwanda, ou encore des Touaregs et des Kurdes dont les territoires ont été dispatchés sur plusieurs Etats-nations qui leur sont hostiles afin de contrôler les richesses de leurs sous-sols au bénéfice exclusif des puissances mondiales et au détriment exclusif des peuples spoliés.

Le mensonge, l’injustice, le négationnisme et le néocolonialisme règnent en maîtres absolus. Seuls les peuples sont réellement en mesure de renverser la vapeur. Le peuple kabyle est condamné à s’inscrire dans cette dynamique de libération et sa force, il ne peut la puiser que dans sa mobilisation et son union, en comptant d’abord et avant tout sur lui-même. Et à ce titre, je tiens à féliciter et à encourager tous les villages de Kabylie qui ont intelligemment renoué avec l’organisation ancestrale de nos confédérations de villages, notamment en remettant à l’ordre du jour et avec grand succès le principe de l’autogestion.


Kabylie, le 12 février 2017

Bouaziz Ait Chebib

Fourni par Blogger.