Kabylie : RPK versus MAK par Racid At Ali uQasi




Contribution (Monde Kabyle)

Depuis le printemps noir 2001, et chaque été je parcourais la Kabylie pour expliquer l’importance pour la Kabylie de se doter d’un parlement et d’un gouvernement au sein d’une Algérie qui l’asphyxie. La seule condition à même de protéger sa langue, Taqbaylit, et ses valeurs ancestrales.

A vrai dire depuis que j’ai mis mes pieds au Canada en 1996, après avoir passé 7 ans de ma vie en France jacobine, j’ai compris finalement que le modèle Québécois avec ses 8 millions de francophones au sein d’un Canada fédéral majoritairement anglophone avec ses 35 millions d’habitants, est le modèle plus indiqué pour la Kabylie.

Les contextes historiques des deux blocs Canada/Algérie et Québec/Kabylie diffèrent certes, ma conviction est que le modèle Québécois, si appliqué à la Kabylie, demeure celui qui peut assurer la quiétude des 8 millions de kabylophones (de la grande famille amazighe), en termes de la préservation de leur langue, Taqbaylit, et leurs valeurs, au sein d’une Algérie jacobine et majoritairement arabophone avec ses 35 millions d’habitants. Exactement à l’image des 8 millions de Québécois qui ont su protéger leur langue française et leurs valeurs au sein d’un océan de 348 millions d’anglophones, soit 28 millions anglo-canadiens et 320 millions anglo-américains.

Comment est-ce possible sans avoir recours à:
  1. Son propre parlement qui légifère des lois.
  2. Son propre gouvernement qui exécute ces lois.
  3. Son propre système judiciaire qui veille sur le respect de ces lois par les citoyens (gouverneurs et gouvernés)?

Ce qui donne trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire, qui cohabitent parfaitement avec comme langue de travail, le français, la langue maternelle de la majorité des Québécois, et donc la seule langue officielle du Québec. Laquelle langue est davantage protégée par, entre autres :

  1. Un système éducatif qui éloigne toute menace d’extinction en pourvoyant l’enseignement en français à tous les niveaux, de l’école prématernelle jusqu’à l’université.
  2. Un système de sécurité (Police ou Sureté de Québec) qui parle aux Québécois en français.
  3. Un système audiovisuel et médiatique fort de plusieurs chaînes TV, stations radio et journaux qui diffusent/éditent exclusivement en français.

J’ai tout de suite compris que le projet MAK dans sa version autonomiste, apparu en juin 2001, est le seul à même de mener le bateau kabyle vers la bonne destination, qui est la protection de Taqbaylit et les valeurs kabyles ancestrales. Une initiative louable que j’ai tout de suite soutenue sans m’impliquer organiquement car jaloux de mon autonomie en termes de réflexion et d’analyse.

Mon soutien au projet du MAK je ne l’ai jamais caché en me rendant d’abord au premier congrès du MAK à Ighil Ali en Aout 2007. Comme invité d’honneur, dans mon discours, j’ai parlé justement de ce modèle Québécois au sein d’un Canada fédéral, duquel la Kabylie pourrait s’en inspirer. Par la suite et chaque année j’ai eu à sillonner la Kabylie en donnant plusieurs conférences-débats dans diverses universités, nombreux villages et en tant qu’invité de plusieurs associations culturelles kabyles. J’ai abordé plusieurs thématiques dont la plus importante, celle en relation avec la protection de Taqbaylit et les valeurs kabyles ancestrales face à la menace des TVs, Écoles, Mosquées, Administration, Police, Gendarmerie, Militaires, Journaux et Tribunaux qui parlent tous en Arabe aux kabyles.

Faute d’un pouvoir lucide qui aurait répondu favorablement à la doléance raisonnable du MAK, ce dernier a décidé le 4 octobre 2013 de faire évoluer le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) vers le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie, pour organiser un référendum d’autodétermination aboutissant à l’indépendance totale de la Kabylie et donc l’instauration d’un état Kabyle.

Devant l’ampleur qu’a prise le MAK en termes de popularité le régime algérien panique. Les marches du 20 avril 2016, aussi bien en Kabylie que dans la diaspora, qui ont étonné le monde entier en sont le signe le plus impressionnant. Au lieu de chercher une issue honorable en dialoguant, le régime continue dans son entêtement en réprimant et en traquant les militants MAKistes, pourtant pacifiques.

Devant ce bras de fer, et afin de briser le statut quo et proposer un compromis, une nouvelle structure politique vient de naitre en Kabylie. Il s’agit du RPK, le Rassemblement pour l’Autonomie de la Kabylie. Selon son coordinateur Hamou Boumedine, c’est un projet qui s’inscrit dans une perspective d’appropriation de la Kabylie d’un pouvoir institutionnalisé en vue de sauvegarder son identité, développer sa langue et sa culture.

Dans l’absolu, le premier ministre kabyle, Hacene Ziani accueille favorablement une telle initiative, jugée intéressante pour assoir le débat. Mais non sans rappeler, et à juste titre, que l’idée d’une large autonomie a été amorcée par le MAK en 2001. Et de poursuivre qu’Alger n’a jamais daigné entendre parler de cette question, d’où la nécessaire option pour l’indépendance.

Tout le monde a remarqué que la création du RPK a bénéficié d’une large couverture médiatique contrairement au MAK depuis ses débuts. Ce qui laisse croire que régime d’Alger reconnait indirectement son erreur de n’avoir pas voulu discuté l’option autonomiste du MAK, alors qu’il avait 12 années (2001-2013) pour le faire. En tolérant la création du RPK, espère-t-il ainsi éloigner le spectre de la séparation de la Kabylie de l’Algérie tout en répondant favorablement, la mort dans l’âme, à la préoccupation majeure de tous les kabyles, à savoir la sauvegarde de leur langue et leur identité face aux menaces réelles de leur disparition?

Le RPK sera-t-il cet interlocuteur avec Alger tant recherché pour assurer une telle tâche. Tout le laisse croire en reprenant les termes du même Hamou Boumedine dans une interview au journal El Watan :

«Ce qui nous différencie avec le MAK, c’est l’Algérie. Pour nous, la Kabylie fait partie de l’Algérie et il faut tout faire pour qu’elle y reste. Nous avons des liens historiques, culturels, humains avec le pays de Larbi Ben M’hidi et de Kateb Yacine. Par contre, le MAK est dans une vision indépendantiste, ce qui peut conduire, de notre point de vue, à des risques dont on ne mesure pas les conséquences».

D’aucuns se posent la question sur le momentum choisi pour la création du RPK au moment où le GPK (Gouvernement Provisoire Kabyle) s’apprête à déposer son mémorandum à envoyer bientôt à toutes les Instances Internationales, dont l’ONU. Ferhat Mehenni, Président du GPK, en a d’ailleurs donné un avant-goût lors d’une conférence tenue récemment à Rouen (France).

Dans l’hypothèse où le RPK sera légalisé, Alger voudra certainement anticiper sur les évènements en préparant en temps voulu une contre-attaque ou plutôt une réponse à l’ONU pour justifier son refus de l’indépendance sous prétexte que des négociations sont en cours avec un parti kabyle légal qui prêche une autonomie large pour la Kabylie.

Personnellement malgré ce constat je salue cette initiative de la création du RPK que j’encourage à aller de l’avant pour ramener le maximum de prérogatives d’Alger dont les plus importantes sont:

  1. Taqbaylit langue officielle en Kabylie mais surtout la langue d’enseignement de toutes les matières; des crèches à l’université en passant par le primaire, le secondaire et le lycée.
  2. Utilisation des langues de sciences et de technologie comme l’anglais et le français, là où c’est nécessaire en attendant de développer Taqbaylit (qui s’accommode facilement avec les sciences).
  3. Les libertés individuelles et collectives dont confessionnelles et politiques, et l’égalité homme et femme.
  4. Un système éducatif basé sur la science, la technologie et la philosophie et donc débarrassé des doctrines religieuses et idéologiques haineuses.
  5. Un système audiovisuel et médiatique avec un grand nombre de chaines TV thématiques, radios, et journaux entièrement en Taqbaylit.
  6. Un système judiciaire et des tribunaux plaidant en Taqbaylit et qui va punir toute tentative non conforme aux valeurs kabyles comme la corruption.
  7. Un parlement ou les lois seront discutées et débattues exclusivement en Taqbaylit.
  8. Un gouvernement ou les ministres travaillent et communiquent avec les citoyens kabyles en Taqbaylit.
  9. Un système de sureté (police) qui assure la sécurité du citoyen kabyle tout en communiquant avec lui en Taqbaylit.

Toutefois permettez-moi de douter fort que cela puisse se réaliser à plus au moins court terme. J’insiste sur le mot court car le temps presse pour Taqbaylit qui risque de disparaitre dans les prochaines 30 années d’après les experts si le statut quo actuel sera maintenu. Les raisons de mon désespoir quant à cette option autonomiste sont les suivantes :

  1. Tout indique que la refondation de l’Etat algérien, en tenant compte de la pluralité et du caractère multiculturel de la société qu’il représente, ne semble pas faire partie des priorités actuelles du régime d’Alger.
  2. L’agrément d’un parti comme le RPK ne peut avoir lieu avec la constitution algérienne qui ne reconnaît pas les partis et mouvements politiques à base régionale.
  3. Dans le préambule de la constitution algérienne, le pays est défini comme terre d’Islam, partie intégrante du Grand Maghreb, pays arabe, méditerranéen et africain.

Pour accommoder une Kabylie autonome, le régime d’Alger est-il prêt à revoir sa constitution qu’il vient à peine de remanier? Sachant que la Kabylie n’est pas un pays arabe, plutôt partie intégrante d’un monde amazigh. Elle n’est pas non plus une terre d’Islam, plutôt une terre laïque depuis la nuit des temps. Une terre ou toutes les croyances cohabitent en toute quiétude selon le principe ancestrale de Jma3 Liman (au nom de toutes les croyances)?

Racid At Ali uQaci

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