Réponses de Karim Akouche à El-Watan sur le sujet de l'interdiction de ses conférences




Contribution (Monde Kabyle) - L'écrivain, romancier et dramaturge, Karim Akouche s'est vu interdit de tenir ses conférences qui étaient prévu être tenu un peu partout en Kabylie. Il a également reçu des menaces lorsqu'il était sur sa terre natale, pour cela il a dû quitter en urgence la Kabylie, puisqu'ils le menacent de le tuer. Karim a tenu à expliquer son cas, et à présiser ce qu'il l'a pousser à partir en France aussi rapidement.

Réponses de Karim Akouche à Ali Boukhlef, journaliste à El-Watan

1- Qui vous menace et pourquoi ?

Karim Akouche : Des barbouzes actionnées par le régime, autrement dit les flics de la pensée, ceux qui tentent de maintenir le peuple dans une torpeur religieuse ou idéologique, ceux qui haïssent la raison critique, l’art, la beauté et les esprits libres. Ce sont mes mots qui dérangent, ce que je représente, ce que j’écris, ce sont mes idées forgées au marteau-piqueur qui bousculent le cadavre du système, c’est ma révolte saine, mon roman La religion de ma mère qui déconstruit les faux mythes, les mensonges identitaires, les tigres de faïence. Depuis mon arrivée sur le sol algérien le 9 mars dernier, je suis suivi au pas, surveillé, traqué. Pourtant, je ne porte pas d’arme. J’utilise la plume. Certes, je la plante dans les plaies des miens, je gratte où ça fait mal, mais je ne tue pas, je titille… Une rencontre autour de mon dernier roman a été interdite à la librairie Cheikh de Tizi-Ouzou, des policiers y ont arraché les affiches, des pressions ont été exercées pour que la conférence de l’Université Mouloud Mammeri n’ait pas lieu ; d’ailleurs, à ce sujet, un prétexte farfelu et folklorique a été inventé de toutes pièces pour délocaliser ma rencontre de l’auditorium vers la grande salle de lecture du Département de français. Cette conférence a eu lieu in extremis, grâce notamment à la résistance des organisateurs. Le public y est venu nombreux, le débat y était riche et fructueux. Cela s’est passé sous les yeux d’une dizaine d’agents en civil envoyés pour me surveiller, qui m’ont épié toute la soirée. Tard dans la nuit, je reçois un coup de téléphone d’un ami me demandant de quitter au plus vite l’Algérie car, d’après les informations qu’il détient d’un agent des services secrets, je figure sur la liste des Algériens les plus surveillés. Cela aurait un lien aussi bien avec le voyage que j’ai effectué en Israël et en Palestine qu’avec mes interventions et mes écrits. Puis, jeudi matin, alors que j’étais en train de prendre mon petit-déjeuner dans un café, deux hommes se sont présentés à moi et m’ont invité, pour « mon bien et mon intégrité physique », à quitter séance pressante le pays. J’ai sur-le-champ fait mes valises et acheté un billet d’avion pour Paris.




2- Êtes-vous sur le coup d’une poursuite ? Une interdiction ?


Karim Akouche : Le régime fonctionne de manière glauque. C’est le propre de toute dictature stérile. Avec le pouvoir algérien, rien n’est clair, tout est sournois, vulgaire et fou. Ce que je sais, c’est qu’on m’a censuré plusieurs fois et la flicaille me pourchasse. Qu’ai-je fait de grave, qui porterait atteinte à la patrie ? Rien. Mon amour pour le pays et les miens qui m’ont vu naître est plus puissant que la brutalité des dirigeants. J’invite le public à me découvrir à travers mon œuvre et non par des raccourcis diffamatoires. Je suis avant tout un écrivain et non un politique. Je ne fais pas l’éloge des tyrans, je les descends en feu, je montre leurs bouffonneries, leurs bassesses et leurs magouilles. Je dis des vérités qui peuvent certes choquer, mais aucunement avec animosité ou arrogance. Je souhaite que l’amour et la paix triomphent des bêtises, des injustices et de la violence.

3- Comptez-vous rentrer en Algérie après cela ?


Karim Akouche : Le poète ne doit pratiquer ni la fuite en avant, encore moins la fuite en arrière. Il doit défendre ses convictions avec honnêteté, mais non sans pragmatisme. Je ne sais pas quand j’y retournerai, mais cela se fera. Le poète peut sortir de sa terre natale, mais il ne pourra jamais sortir celle-ci de son cœur. Cependant, entre prendre le risque de mourir bêtement chez moi et vivre ailleurs pour mes idées, j’ai choisi la seconde option.

Karim Akouche



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