20 avril 2001 « Vous ne pouvez pas nous tuer … »



KABYLIE (Monde Kabyle) - En réponse à la barbarie et à la folie meurtrière des gendarmes algériens qui assassinaient à tour de bras depuis déjà deux mois en Kabylie, dans une gigantesque marche citoyenne, le peuple kabyle se dirigeait résolument vers la capitale du crime et du despotisme algérien pour porter pacifiquement des doléances démocratiques à un régime criminel. Près de 2 millions de Kabyles « descendaient de leurs montagnes » le 14 juin 2001, pour délivrer à l’Algérie, arabe et islamique, un message lourd de sens : « Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts » ! Signifiant en cela que la négation,  c'est déjà la mort.

Mais au-delà du message destiné aux assassins qui gouvernent l’Algérie, les manifestants kabyles s’adressaient aussi aux algériens qui assistaient passivement, et dans une sidérante indifférence, au massacre de leurs «compatriotes», pendant que dans ce même temps, ils manifestaient à grands cris leur «fraternité» et leur «solidarité» avec leurs frères palestiniens…Le 14 juin 2001 a été le jour où la Kabylie, en réponse à sa gigantesque marche citoyenne, recevait en retour une gigantesque gifle ! Les kabyles se prenaient en pleine figure une vérité qu’ils refusaient jusque­-là d’admettre : L’Algérie arabe et islamique rejette la Kabylie amazighe, africaine. C’est là une réalité d’une flagrante évidence mais des kabyles peinaient encore à l’admettre.

Mais la gigantesque gifle du 14 juin a brutalement fait réaliser aux kabyles que les algériens sont, soit indifférents au sort des kabyles,  soit franchement et carrément hostiles, comme ils ont pu le constater en voyant que des centaines de jeunes algériens « faisaient équipe » avec les forces de police pour «casser du kabyle» et chasser « ces montagnards venus envahir leur capitale ».

Ouvertement encadrés et couverts par les forces de police algérienne contre les manifestants kabyles, ces authentiques algériens répondaient de bon cœur aux appels meurtriers du ministre algérien de l’intérieur (le sinistre Zerhouni) et de la télévision algérienne qui les invitaient à ne pas se laisser envahir par les kabyles. 




Dans son témoignage sur la marche du 14 juin, Youcef  Rezzoug, un ancien journaliste du Matin raconte :« Trois jours avant […] j'étais informé, moi et une collègue, par un officier de police […] qu'il y avait un scénario de bain de sang en préparation pour " donner une leçon aux kabyles qui osent défier le pouvoir". Il nous donnait cette information, selon lui, car il craignait qu'il nous arrive du mal " vous êtes dans le collimateur et vous avez intérêt à ne pas être dans la manifestation". »

« Enfin, on était dans la manifestation et on a assisté aux scènes de lynchage du kabyle, de pillage, à l'assassinat de Fadhila, une journaliste, et un photographe ainsi qu'au climat de guerre instauré par la police de Zerhouni […] J'ai pu sauver deux jeunes, l'un de Béjaia et l'autre de Sidi Aich, qui ont passé la nuit chez moi pour rentrer chez eux le lendemain avec d'autres jeunes qui étaient également protégé et hébergé dans des sièges d'associations et de deux partis politiques […] » ; « Un commerçant mozabite à Bab El Oued confie que la veille de la manifestation, il a reçu la visite des policiers qui avaient achetés un nombre important d'armes blanches. » ; « Durant la nuit même, à savoir de 13 au 14 juin, des témoignages concordants des habitants des Champs Manœuvres ( La Place 1er Mai ) attestent que les lampadaires et la lumière publique ont été éteintes pour une bonne parti de nuit pour découvrir le lendemain des graffitis inscrits sur les murs insultant les kabyles et en leur promettant une mort certaine. »




« Les manifestants qui ont réussi à passer à travers les mailles de tous les barrages des forces anti­-émeutes dressés tout au long de l'autoroute Alger­ Tizi­-Ouzou ont été reçus à Alger par un déploiement impressionnant des forces de la police […] Les tirs des bombes de lacrymogènes et les jets d'eau ont cédé par la suite à un lâché de jeunes armés de couteaux et des barres de fer pour s'en prendre aux manifestants. ». « Ce sont ces mêmes jeunes que l'ENTV a présenté le soir même comme patriotes et défenseurs de la capitale, échangeant des accolades avec les policiers et recevant les félicitations du commissaire dit « Ami Ahmed » pour avoir " aidé la police à maintenir l'ordre". Ils ont été montrés, par la suite, sur des camions de la police et d'autres engins déployés sur le lieu de la manifestation.

D'autres jeunes planqués parmi les manifestants ont profité d'un moment de panique pour poignarder des manifestants […] le lendemain, l'appareil de propagande de l'ENTV, avec la participation de beaucoup de journaux privés et publics, s'est lancé ; Même un crime crapuleux qui a lieu la nuit du 13 au 14 juin 2001 dans le quartier des Champs de Manœuvres a été attribué aux manifestants ainsi que le pillage des magasins de sous­-vêtements […] Imaginez, celui qui a marché plus de 250 kilomètres, de Oued Amizour à Alger, n'avait qu'un fantasme, venir s’approvisionner en sous-vêtements féminins ! […] Hamraoui Habib Chawki, alors directeur de l'ENTV, a présenté plus tard ses excuses quant à ses allégations »

Tout est parti de l’assassinat, fort probablement prémédité, du jeune lycéen Massinissa Guermah, dans les locaux de la gendarmerie algérienne à At­ Dwala, village emblématique du Rebelle (Matoub Lounès), également assassiné trois ans plus tôt, en 1998. L’assassinat de Massinissa Guermah à l’intérieur de la gendarmerie algérienne a été suivi d’un chapelet d’injures et d’insultes à l’égard de la jeune victime âgée de 19 ans et présentée, par l’ignoble Zerhouni, alors ministre algérien de l’intérieur, comme un trentenaire délinquant, un « voyou » sans importance. La déclaration du criminel Zerhouni a eu l’effet immédiat de mettre le feu aux poudres.




Dans le même temps, les autres régions de Kabylie étaient soumises à de curieuses provocations. A Vgayet par exemple, les gendarmes algériens multiplient les agressions et les provocations. Un jeune enseignant d’éducation physique, accompagné de ses élèves, est ainsi gratuitement pris à partie, puis ils sont tous tabassé par les gendarmes algériens, non loin d’un terrain de sport.


A la veille des commémorations du 20 avril 2001, l’Etat algérien cumule les agressions et les provocations envers la Kabylie, déclenchant ainsi un gigantesque brasier dans le cœur des kabyles ! C’est le Printemps Noir : Pendant deux années, la police et la gendarmerie algérienne vont assassiner, piller, brûler et massacrer en Kabylie dans une impunité totale

Une journaliste raconte, dans l’édition du 19 JUIN 2001 du journal français Libération, comment « Les forces de sécurité algériennes lancent des expéditions punitives en Kabylie » :« Des groupes d'une dizaine de gendarmes, armés de barres de fer, de poignards, remontent dans les quartiers populaires de Tizi Ouzou. «Quelques­-uns brandissaient des drapeaux algériens, comme au football», raconte Madjid à Libération le 19 juin 2001 : «Un de mes copains leur a crié: "Nous aussi, on est algériens !" Il s'est pris un coup de barre dans le ventre. Cela a été le signal. Ils se sont mis à frapper les gens, à casser les vitrines sur leur passage, balançant des lacrymos sur les balcons. C'était une émeute, mais une émeute de gendarmes.»




La révolte continue en Kabylie, les forces armées algériennes ont fait le choix de la stratégie de terreur. «Elles font leur raid à Tizi. Le message est clair: terroriser ceux qui voudraient bouger», raconte un médecin de la ville. «En cassant les voitures garées près de leur caserne, des gendarmes criaient: "Vous vouliez des émeutes? Vous allez en avoir. Vous nous demanderez à genoux d'arrêter."»

« Tout ce qui convoie les blessés est attaqué, ambulances ou voitures privées. Un autre groupe en uniforme pénètre dans l'hôpital de Tizi, brise des équipements, arrose les chambres de lacrymos. »

Autour de la ville, à Fréha et à Mekla, les commerces, qui refusent de servir les gendarmes depuis le début des émeutes voilà cinquante jours, sont saccagés. Un gendarme sort devant le magasin qu'il vient de défoncer, brandissant des paquets de gâteaux éventrés, qu'il se met ostensiblement dans la bouche. «On fait ce qu'on veut. On mange où on veut. La loi est la nôtre et le restera. Maintenant, on va faire comme vous: détruire tout ce qu'on n'aime pas.» Dans la commune de Laarba­Naït­Iraten, la crèche est entièrement démolie par les forces de sécurité. A Tizi Rachid, c'est la mairie. »

 « Dans le quartier des Genêts à Tizi, un gamin de 15 ans est attrapé au hasard. Alors que quatre gendarmes le tiennent par les jambes et les bras, les autres le rouent de coups. Ils le laissent pour mort. D'un balcon, une femme crie: «Pouvoir assassin.» Un gradé se retourne, bras levés. Il hurle: «Oui, Nous sommes des assassins.»

Depuis trois jours, parodiant les slogans, mimant la démarche des manifestants kabyles, les groupes de gendarmes traversent la Kabylie en scandant: «Nous sommes des assassins.» Depuis samedi, toutes les nuits, des groupes de gendarmes entrent dans des immeubles, cassent, tabassent, puis repartent se barricader dans les brigades. «En Algérie, c'est nous qui décidons quand on casse.» A Tizi, on comptait hier une centaine de blessés et la mairie a dû être transformée en centre de secours »….. etc., etc.



Les récits et témoignages de cette guerre menée par un Etat illégitime contre un peuple qui est, lui, dans son droit légitime, sont innombrables. Pourtant, le « massacre de la Kabylie » organisé par l’Etat algérien de 2001 à 2004, s’est tranquillement déroulé dans l’indifférence ­totale des algériens hautement préoccupés par le sort de la Palestine.

Aussi, c’est à partir de 2001 que les kabyles réalisent concrètement qu’ils sont perçus et traités en «ennemis» tant par l’Etat algérien que par ceux qui se qualifient de «nationalistes algériens» ; le nationalisme algérien étant, depuis longtemps déjà, intimement lié au très invasif nationalisme arabe et dont l’obsession consiste à ancrer définitivement et de manière irréversible les peuples, conquis par le sabre, dans le giron arabo-­islamique. Or non seulement la Kabylie revendique une identité millénaire antérieure et totalement distincte de l’arabité, mais elle refuse catégoriquement de se dissoudre dans le moule arabo-islamique violemment imposé par l’Etat algérien.


Cette posture farouche et rebelle de la Kabylie n’est acceptée ni par l’Etat algérien, ni par l’algérien lambda formaté par l’arabo-­islamisme. Par conséquence, la Kabylie est  férocement combattue tant par l’Etat algérien que par l’ensemble des courants politiques algériens dit d’opposition, et à plus forte, par les mouvances islamistes désormais dominantes en Algérie.  Même les partis politiques «d’origine kabyles» finissent par porter le masque (et le voile) arabo-islamique, ils vont même jusqu'à s’accoquiner avec les terroristes  islamistes devenus "partenaires politiques", pour se donner l’illusion d’exister en tant que partis « nationaux algériens », une illusion très vite rattrapée par la réalité des suffrages qui trahissent leur inexistence en dehors des frontières de la Kabylie.

Aucune justice n'a jamais été rendu aux victimes du printemps noir; la majorité des responsables de ce crime d'Etat continuent paisiblement leur "carrière" dans les appareils de l'Etat algérien. Ils ne considèrent pas que la guerre qu'ils ont mené contre le peuple kabyle est un crime d'Etat, et pourquoi le devrait-il puisque l'opposition "d'origine kabyle" s'évertue chaque année à faire l'impasse sur ce crime raciale, encourageant en cela la poursuite de la politique ethnocidaire de l'Etat  arabo-islamique algérien.

Tamaynut

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