Interview de Hocine Azem sur le journal Tamurt – Politique – Monde Kabyle



INTERVIEW (MondeKabyle) – Hocine Azem défenseur des Droits Humains dans le cadre du Congres Mondial Amazigh ONG internationale des droits de l’Homme et Ancien Secrétaire National aux relations Extérieurs du MAK, s’est confié au journal Tamurt pour aborder bon nombre de questions brûlantes de l’actualité de la Kabylie notamment le printemps Amazigh et le les événements du Printemps noir des années 2001.

1-Vous avez pris part avec Aït Chebib aux manifestations de 20 avril dernier à Tizi Wezzu. Quel constat tirez-vous de cette démonstration de force ?


J’en tire le constat que seul le travail de terrain paye. Cela fait des années que le MAK sillonne les villages de Kabylie pour parler au peuple kabyle dans un langage de sagesse et de vérité. Nous sommes très heureux de voir que tout ce travail a porté ses fruits. Le peuple kabyle est désormais convaincu qu’il peut prendre son propre destin entre ses mains et sortir de la tutelle mortelle de l’arabo-islamisme que l’Etat algérien essaye de lui imposer depuis plus de 50 ans.

La Kabylie s'émancipe de toute forme de colonialisme en exprimant viscéralement ses idéaux de liberté pour son droit à l'autodétermination et la prise en main de son propre destin. Depuis le passage de la revendication de l’autonomie à l’autodétermination, le peuple kabyle s'exprime régulièrement et pacifiquement pour recouvrer sa souveraineté, réaffirmant chaque année un peu plus fort son adhésion au projet de sa libération totale, allant crescendo depuis 2015 à 2017 en dépit d'un dispositif impressionnant de répression ,d'intimidation , d'interpellation et d'interdiction. La région Tuviret (Bouira) est particulièrement ciblée par cette répression. La police algérienne a encore violemment réprime la marche de cette année en interpellant une trentaine de cadres souverainistes en amont de la marche et en interdisant en aval, manu militari, toute l'expression pacifique des militants souverainistes de cette région kabylophone.

Le régime algérien veut absolument amputer à la Kabylie de Tuvirett. Cette région subie régulièrement et systématiquement la répression du régime algérien dans le but de la couper du reste de la Kabylie. Je profite de cet entretien pour réaffirmer avec force ma condamnation de cette répression qui s’abat sur nos frères et sœurs kabyles de Tuviret. Je leur exprime tout mon soutien et ma solidarité en les assurant que notre combat pour la libération de la Kabylie ne se fera pas sans Tuviret. 

En ce 20 avril, il est important de dire notre grande fierté en tant que peuple et nation kabyles. Nous sommes un peuple conscient, sage et civilisé qui exprime pacifiquement son droit légitime à son autodétermination. Voir des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, et des enfants brandir fièrement les drapeaux du peuple kabyle, fiers de leur authenticité tout en ayant l'esprit dans l'universalité est un vrai bonheur. Nous en sommes très fiers du peuple kabyle qui est un bel exemple pour les autres peuples amazighs qui eux aussi accèderont à leurs propres liberté. A travers nous, c’est aussi la lutte de tous les autres peuples opprimés. Nous savons que nous sommes dans le sens de l'histoire et nous savons aussi que seule la lutte et le travail paye. Nous sommes fiers du chemin accompli et nous avons la certitude de notre prochaine libération.


2- On a remarqué que le nombre de manifestants a baissé quand même par rapport à l’année précédente….


Ce n'est pas tout à fait mon analyse, les éléments positifs de réponses sont dans l'engagement et la conscience qu'il est important de souligner cette année encore. En tant que militants souverainistes, nous avons lancé un appel pour faire du 20 avril une journée de la fraternité kabyle. A l’instar des marches du 27 avril 2014, du 20 avril 2015 et 2016, la mobilisation a été au rendez-vous malgré la répression, et ce grâce au combat de longue haleine mené sur le terrain depuis 2001 par les militants du MAK

Nous nous félicitons de voir l’émergence d’une nouvelle génération qui porte le flambeau. Et en ce 20 avril, cette jeunesse kabyle a donné une fois de plus au régime oppressif algérien une leçon magistrale de maturité politique en s’impliquant de plus en plus. Bien sûr, notre jeunesse doit être encadrée et protégé et il ne faut pas oublier l’interdiction quasiment systématique de tout événement politique en rapport avec la Kabylie proprement dite, et ce, au moins depuis Yennayer dernier. Mais, le travail de terrain accompli durant toutes ces années par le MAK n'a pas pu être anéanti par les interdictions récurrentes contre la conscience et l'engagement du peuple kabyle. La conscientisation accomplie avec acharnement et abnégation par les militants du MAK et leur direction est indélébile et entraine inexorablement le peuple kabyle vers la concrétisation de ses idéaux.

En dépit de tous les moyens dont jouissent les partis politiques classiques à ancrage kabyles, ils n'arrivent pas à mobiliser en dehors de leurs propres troupes, contrairement au MAK qui draine depuis plusieurs années une majorité du peuple vers cet idéal pour la concrétisation d’un Etat kabyle, le plus légalement du monde via l’autodétermination qui est un concept politique et juridique d’une importance capitale pour la Kabylie.


Q3-En parallèle, la campagne électorale bas son plein en Kabylie. Le FFS et le RCD ont mobilisé, eux aussi, un bon nombre de citoyens. Un commentaire ?


Vous parlez d'une mobilisation du FFS et du RCD, je ne sais pas qu'elles sont vos sources mais elles contrastent radicalement avec la réalité du terrain qui indique l’exact contraire. Le FFS et le RCD ne mobilise que ces troupes. Le FFS n’est plus qu’un appareil au service de l’arabo-islamisme. Il a même osé organiser une marche de soutien aux prisonniers politiques palestiniens, ignorant les prisonniers politqiues kabyles et mozabites ; non pas que les prisonniers politiques palestiniens qui luttent pour la liberté de leur patrie doivent être mis aux oubliettes, mais soutenir les prisonniers politique de Palestine et ne pas soutenir des prisonniers comme Fekhar , Bouhafs, Imad Belaid et le blogguer kabyle Marzoug Touati, pour moi ça veut dire que le FFS se considère plus proche de la Palestine que de la Kabylie, dont acte ! Le FFS n’est plus un parti kabyle mais un parti arabo-islamique. La même chose pour le RCD. Lui aussi ne mobilise que ses troupes même s’il y a encore beaucoup de militants sincères qui croient naïvement à son engagement en faveur de la Kabylie. Le RCD est un parti algérien qui ignore volontairement lui aussi les prisonniers politiques kabyles et mozabites. C’est une honte de ne pas soutenir publiquement par exemple Slimane Bouhafs ou KameleddineFekhar, juste pour ne pas contrarier un électorat algérien que le RCD n’aura jamais et cela même s’il s’allie aujourd’hui avec des partis islamistes hostiles à la kabylie et même si demain il se déclarait pour la Charia. Vous savez le 20 avril de l’année dernière, des militants du RCD ont rejoint spontanément la marche du MAK. Ils ont rangé leurs drapeaux algériens dans leurs poches et sont venus manifester avec le MAK où une grande partie de ses jeunes scandaient Kabylie indépendante ! 


Q4- Vous ne pensez pas que continuer à boycotter les élections c’est laisser le champ libre aux partis du régime ? Comme c’est le cas au niveau de votre localité ou le RND gère la municipalité qui a vu naître le grand chantre Kabyle Slimane Azem ?


Je ne sais pas d'où est-ce que vous tirez ce constat ? Peut-être des expériences passées. En tous cas, toutes les formes d'organisation politique kabyles par le passé ont apporté une réponse à une question qui n'existe pas, elles ont voulu solutionner le problème de l'Algérie par un combat kabyle. De l’étoile nord-africaine au RCD en passant par le FFS, c’est la même histoire. Les kabyles se sont investis dans des luttes qui ont voulu apporter une solution politique globale à un problème anthropologique spécifique et c'est la raison précise de leurs échecs : La Kabylie n’a jamais été l’Algérie et, contrairement à la Kabylie, l’Algérie n’a jamais été un peuple ni une nation. C’est une création coloniale française dont le nom et les frontières lui ont été données par la France. Donc pour répondre à votre question, non ce n’est pas une erreur de rejeter les élections algériennes parce qu’elles ne changent rien à la réalité du quotidien des kabyles ni à la réalité du désastre en Kabylie : que les élus soient du RND du FLN ou des autres partis algériens, RCD et FFS compris, cela ne change rien, c’est la politique du régime algérien qui est appliquée en Kabylie quel que soit l’élu : l’arabisation et la salafisation comme politique d’Etat en Kabylie se poursuit quel que soit l’élu. Les élus en Kabylie même s’ils sont motivés par une réelle volonté d’aider la Kabylie à sortir la tête du gouffre, il n’a aucun réel pouvoir sur les points essentiels qui régissent leurs communes. Après qu’ils nous fassent des évènements ou des soirées musicales en kabyles, que voulez-vous que ça apporte au peuple kabyle ? Rien ! Donc je maintiens que ça ne sert à rien de voter en Kabylie, ça ne fait que créditer le pouvoir algérien d’une légitimité qu’il n’a jamais eu au sein du peuple kabyle


5- l’expérience des mobilisations politiques en Kabylie a démontré qu’après quelques années les militants désertent le terrain. Vous ne craignez pas l’usure des militants souverainiste et de se retrouver encore une fois dans l’impasse ?


Mais d’où tenez-vous ces informations qui vous disent que les militants kabyles désertent le terrain ? Mais pas du tout, c’est même l’inverse. Il ne faut pas confondre les militants kabyles algérianistes avec les militants kabyles kabylistes. Si les algérianistes tendent à se réduire comme une peau de chagrin en Kabylie, pour les kabylistes, c’est exactement l’inverse. La militance kabyliste n’a rien à craindre de ce côté-là, elle ne cesse d’augmenter dans les rangs souverainistes kabyles. La Kabylie avance vers la concrétisation de son propre Etat. Pour y arriver, il nous suffira d’apprendre à être unis et soudés pour aller vers un même objectif qui est au fond de chaque kabyle celui d’affranchir la Kabylie du colonialisme arabo-islamique. Le principe de l’autodétermination est le meilleur cadre pour y arriver, il n’exclut personne et garanti l’édification d’un Etat kabyle régi par ses propres lois, ses propres valeurs et ses propres référents civilisationnels.

S’il y a une chose qui se trouve aujourd’hui dans l’impasse c’est bien l’Algérie arabo-islamique. Le temps du colonialisme sous toutes ses formes est révolu. L’argument majeure de l’Etat algérien qui dit que nous sommes des amazighs arabisés par l’islam est totalement disqualifié en Kabylie. Si une majorité de kabyles sont de confession musulmane, ils disposent aussi d’une minorité de citoyens kabyles de confession chrétienne qui vivent leur foi le plus normalement du monde sauf quand ils ont affaire à l’Etat algérien dont l’islam , religion de l’Etat, est obligatoire. Mais l’Etat algérien doit comprendre une chose : Il est fini le temps des foutouhates. La religion relève du statut personnel des individus et ne peut plus être un facteur de dissolution de l’identité kabyle et plus largement amazighe en Afrique du nord. La religion n’a jamais été une identité sauf chez les arabes qui se cachent derrière pour coloniser les autres peuples. C’est cela qu’il faut comprendre et pour ce qui est de la Kabylie, je crois que c’est chose faite. Donc encore une fois, c’est l’Algérie qui est dans l’impasse et non pas la Kabylie qui elle est sur la bonne voie.

Un dernier mot ?


En ce mois d’avril, qui nous rappelle le Printemps Noir de 2001, qui nous rappelle ses Martyrs, ses Blessés et ses handicapés à vie, auxquels j’ai une pensée, une solidarité, une compassion, ceux-là qui sont victimes par le droit de la force contre la force du Droit d’un Etat colonial avec des pratiques coloniales à l’égard du peuple kabyle.

D’autre part, l’impunité n’a jamais été un fondement des sociétés modernes, bien plus, les sociétés modernes promulguent la vérité, rendent justice pour opérer des réajustements de caps afin de garantir des avenirs meilleurs à leurs propres peuples dans la liberté et la dignité.

On ne doit jamais oublier celles et ceux qui ont donnés et sacrifiés le meilleurs d’eux même pour nous tous. Ne les oublions pas !


Source : Tamurt

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