Le militant Lazar Bessadi raconte la barbarie dont il a fait l'objet à Tuvirett dans un commissariat



Témoignage (Monde Kabyle) - Le brave militant souverainiste kabyle, Lazar Bessadi raconte la barbarie et violence dont il était traité à Tuvirett par les forces de l'ordre féroces de l'état algérien. Son témoignage, qui va suivre, est une preuve assez claire qui justifie davantage que la Kabylie est colonisée, quadrillée et prise par force pour la dériver dans le massacre arabo-islamique. Lazar a été traité dans tous les noms, le chef de la police l'a même menacé de mort. 


RAPPORT DE L'ARRESTATION DU MILITANT LAZAR BESSADI


À la veille de la marche vers 17h30, j’ai reçu un coup de fil de la part d’un camarade militant m’annonçant que la répression sera féroce et qu’il faudrait absolument que l'on soit sur les lieux pour renforcer le comité d’organisation qui a déjà planifié la marche auparavant. Une fois sur les lieux, les militants de Tuviret ( Rafur, Taqarvuzt, Iwaquren, Carfa…), que je salue au passage, ont assuré un protocole de déplacement digne du combat que nous menons et qui dégage l’odeur de la révolution à venir. 

Aux alentours de minuit, une réunion de briefing a eu lieu, où le mot résistance était unanime, une réunion qui nous a permis aussi de déceler des militants audacieux, compétents et déterminés, des militants que je qualifie de révolutionnaires.

L’enthousiasme été tel que les quelques heures qui nous séparaient du rendez-vous se sont écoulées plus vite que la normale. À 6h30 du matin on s’est retrouvé au point de rencontre prévu pour démarrer notre caravane. 

Au cours de notre chemin, les cellulaires des militants sonnaient sans arrêt, on nous annonce des arrestations un peu partout, aucun véhicule n’a échappé au contrôle des forces coloniales. « Tuviret est assiégée, des barrages de contrôle installés sur toutes les artères menant vers la ville », ajouta un militant. 

À notre arrivée à la gare routière, qui été pleine d'agents en tenue civile et en uniforme, nous étions une trentaine de militants, et nous avions décidé de nous rendre au point de départ de la marche, une fois sur les lieux nous avons trouvé le portail de l’université infesté par des policiers anti-émeutes. J'avais un sac à dos et c’était la première chose qui a attiré l'attention des policiers, ils m’ont demandé de leur remettre mon sac à dos , et devant mon refus, ils me sont tombés dessus pour me l’arracher mais j’ai résisté, Rachida ider s’est interposée entre moi et les policiers, elle a essayé de m’aider, et c'est à ce moment là que tous les militants et les militantes ont essayé de m’aider, on a résisté pendant un moment jusqu’à l’arrivée des renforts de la police, et là je ne pouvais rien faire pour repousser toute cette armada qui m’est tombé dessus, ils m’ont embarqué et dirigé vers un poste de police où j’ai trouvé Frawsen Frawsen Vusevsi déjà immobilisé ( Frawsen était le premier militant ) à être embarqué. 


Quelques temps après, ils ont commencé à nous déplacer vers le commissariat central, Frawsen et moi, nous étions transférés ensemble dans la même voiture, à mi-chemin on a commencé à chanter l’Hymne National Kabyle, c'était comme si on pratiquait un rituel d'exorcisme sur les policiers, l’Hymne les rendait fous de rage et très agités.

Une fois dans le commissariat central, un policier ma pointé du doigt "Hawlek lmareg li hdartukum 3lih" qui veut dire "je vous présente le perturbateur dont je vous ai parlé", et c’est là que l’enfer a commencé pour moi, 3 agents zélés de la BRI ont sauté sur moi en me donnant des coups de poings sur le tors, des coups de pieds au tibias, ils m’ont pris par les cheveux et c’est là que j’ai perdu la notion du temps, les choses se passaient trop vite, d’un bureau à un autre, des agents me sont rentrés dedans, ils me placardent au mur pour essayer de me menotter, mais je ne me laisse pas faire, un agent a même essayé de me pousser contre une vitre pour me jeter dans le vide, et je l’ai évité de justesse, ses camarades lui ont dit « que fais tu ? » et il leur a répondu « il voulait se jeter par la fenêtre, il veut nous incriminer celui-là » et ils se sont remis à me taper dessus, ils m’ont ligoté les mains et les pieds et ils m’ont soulevé pour m’emmener dans un autre bureau, je ne savais plus où était le bas ni le haut, les choses se passaient tellement vite, j’ai entendu le son que produisait un taser, j’ai tout de suite pensé à un arrêt cardiaque, car mon cœur battait trop vite. J’ignore ce qui a fait changer l’avis au policier qui l’a dégainé, mais tout ce que je sais, c’est que j’ai eu la chance de ne pas avoir était électrocuté. 



Quelques temps après ils se sont calmés, ils m’ont mis dans un bureau pour m’interroger et c’est là que j’ai croisé Youcef Messouaf , « le Président de la Coordination MAK-ANAVAD de Tuviret », un policier commence à me poser des questions tout en essayant de se distinguer de ses camarades en me disant que nous ne sommes pas tous les mêmes et que ceux-là sont des brutes. 

À la fin de l’interrogatoire et la prise des empreintes, ils m’ont transféré dans une Brigade du BRI avec plusieurs de mes camarades militants, « Agawa Atqassi, Yuva Djouaher, Aqvayli-belaid Meswaf et beaucoup d'autres… », une fois arrivés dans cette brigade, ils nous ont emmené dans un sous-sol, où j’ai croisé, des militants et des citoyens venus marcher que je ne connaissais pas. 

Après deux longues heures dans le sous sol, j’ai vu une réaction soudaine chez les policiers qui gardaient la porte, ils se sont mis en garde à vous, et j’ai lu de la frayeur sur leurs visages, c’est là que j’ai compris qu’un haut gradé est venu nous rendre visite, effectivement c'était le divisionnaire de la police.

Il commença à interroger avec mépris les jeunes qui ont été séquestrés dans la salle, Yuva Djouaher, lui répond froidement, et juste après avoir interrogé deux autres personnes, il m’interrogea à mon tour, il me posa des questions en arabe et j’ai fait semblant de ne pas comprendre, il demanda à un policier de traduire, et lorsqu’il a demandé pourquoi je suis venu marcher, je lui ai répondu que c'est pour l’indépendance de la Kabylie, et c’est là où il a commencé à m’insulter de tous les noms, tout en répétant le mot indépendance, comme si j’avais brandi une croix sur le visage de satan. Il a demandé aux policiers de m’isoler avec Yuva Djouaher, ce que la police à tout de suite fait, cinq à dix minutes après le tyran nous rejoigna, et il demanda à la police de m’enlever le pantalon, j’ai fait un sourire, et j’ai posé ma main sur ma ceinture, tout en faisant le geste pour l’enlever moi-même, histoire de lui dire, que je ne crains pas la nudité, j’ai effectivement réussi à le narguer avec ce geste, ensuite, il s’est approché de moi, il a posé l’antenne de sa radio sur mon cou en me menaçant de me tuer, tout en le fixant dans les yeux sans les baisser, me voyant résister encore, il ordonna à un policier « faites-en ce que vous voulez » et il quitte les lieux.

Le policier était indigné du comportement de son supérieur et choisi de nous remettre dans le sous sol, jusqu’à ce qu’un autre policier en tenue civile arrive et commençe à choisir des militants aléatoirement pour les tabasser. Il a d’abord commencé par un jeune homme d’Iwaquren «Younes Tizimit Bouadi » ensuite c’était le tour d’un autre jeune que je ne connaisais pas, et après la fouille j’étais le troisième à avoir été choisi, sous prétexte de vérifier le contenu d'une clé USB qu’ils ont trouvé sur moi lors de la fouille.

Et une fois dans un bureau tout en haut du bâtiment, il a commencé à me parler de Rachida en la traitant de tous les noms, et en lançant toutes sortes d’intox sur elle, mais je n’avais plus d’énergie pour lui répondre, j’ai fait semblant de n’avoir rien entendu.

Ensuite ils nous ont retransféré au commissariat central, pour que nous récupérions nos téléphones, et c’est là que le fameux diable divisionnaire a demandé à me voir, pour essayer de me convaincre de lutter pour l’autonomie, et de me persuader d’accepter de quitter le mouvement tout en essayant de me corrompre.

Lazar Bessadi



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