Interview: L'ancien MAK n'existe plus. Une nouvelle structure est née, et celle-ci s'appelle le MAK-Anavad


Entretien (Monde Kabyle) - Interview avec un ancien militant actif du MAK.


Souvenez-vous, il y a une année jour pour jour, le Président de l’ANAVAD, M.Ferhat MEHENNI, avait opéré un nouveau cap au sein de l’ancien mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, à l’ombre des bouleversements géopolitiques importants qui touchent l’ensemble des peuples sans états, illusion faite aux référendums d'autodéterminations catalans et kurde. Nous avons fait le choix de marquer le coup en accordant une interview à un ancien militant du MAK qui s’est retiré de la militance pour ce qui devenu par la suite le MAK-Anavaḍ, cela fait suite aux changements imposés par le GPK, un 25 septembre de l’année dernière, que voici dans son intégralité.



MK : Azul, bonjour Monsieur, nous allons vous poser quelques questions sur le MAK et votre vision de son évolution, si vous voulez bien répondre !



Aksil O: Azul Monde Kabyle, je suis prêt à répondre à toutes vos questions sans aucune réserve.



MK : Vous étiez un militant du MAK auparavant et aujourd'hui vous ne faites plus partie, pouvez-vous nous expliquer ce qu'il s'est réellement passé ?



Aksil O: Effectivement, j'étais militant très actif au sein du MAK, mais pas après le 25 septembre 2016. Ce jour fut très déterminant pour moi et pour beaucoup d'autres camarades, personne ne peut l'oublier. Nous avons tous été pris de court et surpris, déjà par la teneur de discours du président du GPK, en suite par la démission du président du MAK, M. AIT CHEBIB, une démission qui n'en est pas une, puisqu'il s'est avéré par la suite qu'il a été poussé à la porte par le premier responsable de l'Anavaḍ et qu'il était contraint d'abandonner ses fonctions au risque de provoquer une explosion de notre famille politique, une démission   que nous avons tous regretté.



MK: Expliquez-nous en quoi ces réformes, que quelques observateurs peuvent juger opportuns venant de la part du premier responsable du GPK, ont joué un rôle décisif dans votre décision de quitter le MAK, vous qui êtes même responsable locale ?



Aksil O: Aucun observateur sérieux et soucieux de la réussite du projet du MAK, ne peut vous affirmer la justesse des réformes imposées par le Président du GPK, preuve en ai, l'état démobilisation générale qui règne au sein de la famille de l'ex MAK.



Le 25 septembre de l'année dernière, suite à tous ces chamboulements, j'ai choisi de quitter définitivement cette structure, et ce, à cause d'une déclaration publique faite par  M.Ferhat Mehenni sur son agence d'information. Une feuille de route nous a été imposée de force, stipulant ainsi une restructuration radicale au sein de notre noble mouvement que nous avons tous porté sur nos épaules depuis 2001, et ce, sans que nous soyons consultés ? Je ne vais jamais accepter cela. Le mouvement pour lequel j'ai milité n'appartient à personne, sauf au peuple du MAK, qui a pris tous les risques en le portant vers le haut croyant ainsi que ses responsables allaient mettre pour la première fois leur ego de coté pour le bien commun de tous.



L'ancien MAK n'existe plus, il est décédé, plutôt assassiné par l'extérieur. Une nouvelle structure est née, et celle-ci s'appelle le MAK-Anavad.



MK: Est-ce que c'est le fait que le Président du GPK ne vous a pas consulté, chose qui peut être compréhensible vu son poste de responsabilité ou bien, ce sont les réformes elles-mêmes que sont à l'origine de votre démission et l'état de démobilisation générale dont vous parlez ?



Aksil O: C'est un tout, longtemps nous avons cru vainement à la légalité de fonctionnement de notre mouvement, nous avons accordé beaucoup d'importance aux congrès et aux statuts, qui croyons-nous à tort, régissent réellement le fonctionnement de notre organisation politique, mais après le discours du 25 septembre, le réveil était très dur ; ce fut un désenchantement total, et une désillusion, on s'est rendu compte de la réalité amère de la culture politique d'une génération révolue, paternaliste et méprisante de son peuple qu'elle considère comme étant mineur et que seuls ces sauveurs sexagénaires peuvent éclairer en s'érigeant en tuteurs dignes des gouvernants algériens, mais lorsqu'on y pense, on se rend compte que cette génération a reçu la même éducation politique qu'eux, ils ne font que projeter mécaniquement toutes leurs frustration sur la génération du printemps noir et celle encore plus jeune.



Mais aussi ne croyez pas que nous sommes naïfs moi et mes camarades le fond même des réformes ordonnées sont pour beaucoup de choses dans notre démission.




MK: Parlons-en du fond des réformes, qu'est-ce qui vous déplaît au point de démissionner, n'est-ce pas que c'est le rôle du Président du GPK, d'imprimer une ligne politique nouvelle à votre organisation politique selon les exigences du moment ?

Aksil O: Je ne m'oppose absolument pas à la volonté du président du GPK de vouloir s'ériger en " IMPRIMANTE", mais je tiens à lui faire savoir que chez nous en Kabylie, les vrais imprimeurs de notre mouvement se font intimider eux et leurs familles au quotidien et leurs imprimantes le plus souvent fermées et le matériel confisqué. 

Soyons sérieux deux secondes, la feuille de route qu'il nous a imposée, est un coup de feu dans le pied du mouvement. Le MAK après avoir atteint son apogée au lendemain du fameux congrès d'AT ZELLAL, que Boulam SENSAL avait comparé à celui du congrès de la Soummam, par son importance et l'accueil hostile réservé par l'état colonial algérien, qui a dépêché une armada de services et de l'armée pour l'empêcher, et surtout suite à la réussite des marches historiques du 20 avril 2016, qui ont drainé des foules immense un peu partout en Kabylie. Le Président du GPK, en premier lieu devrait maintenir le cap et renforcer encore plus les rangs du mouvement, en produisant un discours d'union et de sérénité qui consolidera le consensus qui a commencé à se créer autour de notre mouvement indépendantiste, lui, il a préféré le décapiter en destituant sa direction et en provoquant la dissolution du MAK, pour créer par la suite une espèce de bureau de main d'œuvre qui recrute des soldats, qui exécuteront les ordres de Paris sans avoir le droit de réfléchir ou même de débattre ces ordres.

MK: Vous ne pouvez pas taire les réussites du GPK et de son Président sur le plan diplomatique ? Des chantiers importants sont ouverts, comme par exemple la mise sur pied d'un parlement kabyle, une chaîne de télévision kabyle, le dépôt d'un mémorandum à l'ONU, la création d'une équipe nationale de football et sa qualification à la CONIFA, toutes ces réussites sont des réussites qui feront avancer à pas-de-géant le combat du peuple kabyle pour son indépendance ?

Aksil O: Il ne faut pas croire que c'est l'amertume ou le ressentiment qui me font parler, je suis très lucide et mes camarades le sont aussi, pour ma part, j'en ai fait mon deuil, les réussites diplomatiques et les chantiers dont vous parlez, sont le fruit d'efforts de l'ancien MAK, et du capital sympathique qu'il a légué à la nouvelle feuille de route, capital qui s'épuise de jour en jour, sinon comment expliquer l'abandon de tous ces chantiers ? Le projet du parlement kabyle annoncé pour début 2018 est complètement à l'arrêt, il ne reste plus du GPK, aucun ministre, aucune stratégie annoncée pour cette rentrée politique, tous les mouvements et partis politiques de monde entier annoncent leur rentrée par une ligne cohérente, mais pour ce qui nous concerne, l'imprimante n'imprime plus ! Oui je ne peux que me réjouir de la participation de la Kabylie au mondial de football des nations sans états, qui se tiendra à Londres l'année prochaine, mais dans le cadre des bouleversements internationaux, pensez-vous que c'est avec des déclarations sur Siwel, une participation à la Conifa et un dépôt d'un Mémorandum au sein d'une structure qui favorise les projets et les desseins des puissances néocolonialiste, cette même organisation qui s'oppose au référendum d'une région comme la catalogne qui est plus performante que nous que ce soit sur le plan diplomatique que sur le plan économique qui va libérer le peuple kabyle du joug colonial algérien ?.


MK : Comment voyez-vous la suite et l'évolution de votre mouvement indépendantiste et vous-même sur le plan militant ?

Aksil O: Pour ma part, je demeure acquis au projet indépendantiste kabyle, aujourd'hui plus hier non pas par rapport aux efforts du MAK-ANAVAD que je juge anachronique, mais plutôt au vent de liberté qui souffle dans le monde entier en faveur des nation sans états tel que notre cas à nous, je suis avec beaucoup d'intérêt l'évolution de dossier catalan et celui des kurdes en attendant la renaissance d'une nouvelle dynamique indépendantiste kabyle réaliste et efficace qui soit en parfaite symbiose avec les réalités sociopolitiques de la Kabylie, je demeure optimiste malgré la désillusion de notre mouvance, mon espoir est fondé sur l'émergence d'une nouvelle élite politique qui soit capable d'accompagner pas à pas notre peuple dans son redressement en faveur de la construction d'une république kabyle tel qu'il a été souhaité par notre guide pour l'éternité, feu MATOUB Lounes. 

Merci beaucoup pour votre journal; pour nous avoir donné la chance d'exprimer haut et fort notre désarroi, mais aussi notre espoir.

Entretien avec Aksil O, militant indépendantiste Kabyle

Aucun commentaire

Fourni par Blogger.